Chroniques

Accroche ta crémone pis ta bougrine, pis viens t’asseoir!

 

Un p’tit set carré avec ça !:     « Bras dessus, bras dessous, une tite promenade, bien gentiment, bien tranquillement, prenez vot’ temps… Swigne-la fort, tords-y le corps pis fais-y voir que t’es pas mort ! pis swigne la baquaisse dans le fond d’la boite à bois, swingez vot’ compagnie! IiiiiiYaou ! ». Mon père avait l’art de « câller » un set carré.

Et il chantait en plus!

🎼 Par un beau matin, j’me suis levé
Par un beau matin, j’me suis levé. (bis)
Chez le voisin je m’en suis allé
Chez le voisin je m’en suis allé. (bis)

“OYÉ, OYÉ ma femme est morte
Venez la visiter mais restez à la porte”

C’est elle qui mettait du tapage dans la maison,
La torrieuse est morte
Elle mettra plus d’eau dans ma boisson

Que l’diable l’emporte.

 

Ma préférée à tout coup :

🎼 Ah! que c’est bon, bon, d’prendre
Un verre de bière avec la cuisinière
Dans un p’tit coin noir
Pis si c’est bon, bon, faites-le en riant
Y’a pas de mal là-dedans
Dans l’temps du Jour de l’an
(bis) 

Blague à part, j’ai le parfait profil de la cuisinière. 😂   Ah, le temps des fêtes avec les deux grandes fêtes que nous avions.  Quand je pense à ces traditions de famille, j’ai un gros brin de nostalgie qui me rappelle les moments heureux et les festivités que j’ai eu le bonheur et la chance de vivre.  À Noël, nous réveillonnions après la Messe de Minuit. Il n’y avait rien de spectaculaire dans notre petite église de campagne. Debout, raide comme des piquets, nous écoutions le solennel « Minuit Chrétien » interprété par le maître-chante. Un moment très attendu, authentique et qui imposait.

De retour à la maison, un réveillon copieux nous attendait :  soupe, ragoût, tourtières, des tartes aux œufs le tout accompagné de frénésie, de rires et d’excitation. On se couchait vers les 3h du matin après le déballage de cadeaux. C’était pas mal le seul temps de l’année où on pouvait se coucher si tard!

Noël n’était pas aussitôt terminé, que l’on se préparait pour célébrer le Jour de l’An.

JOUR DE L’AN

Le jour de l’an était « LA » journée et « LA » soirée des festivités que l’on attendait. Oncles, tantes, cousins, cousines, toute la parenté se rencontrait.  Tôt le matin, l’aîné de la famille demandait la bénédiction à notre père. Fallait pas passer à côté de cette tradition. Pour la bénédiction, tout le monde se mettait à genou. Par la suite, nous allions à la messe du jour de l’An avec notre plus beau linge.  Nous échangions nos vœux à nos voisins du rang sur le perron de l’église.

Dans l’après-midi, on se retrouvait chez ma grand-mère maternelle Courchesne à Saint-Zéphirin de Courval. Cette famille était en majorité des agriculteurs ou mariés à des agriculteurs.  Nos bougrines (signifiant un vêtement de dessus sans forme particulière ; Ex. Qu’est-ce que tu as de l’air, avec cette vieille bougrine sur le dos !) et nos crémones  (écharpe, foulard) entassées les uns sur les autres su’l’lit de grand-mère prenaient l’odeur de toutes les familles présentes.  Un pot-pourri d’odeurs de toutes sortes… du parfum à la boule-à-mites en passant par l’odeur de boucanne.  Souvenir en vrac :  bonbons aux patates, sucre à la crème, carrés rice-krispies, bonbons de Noel rayé, liqueur de cream Soda, de l’orangeade, etc

Parfois, nous reconnaissions l’odeur parfumée d’un tel mononcle ou de telle matante. La famille Courchesne (celle de ma mère) était une famille de jaseux. C’était plus tranquille comme festivité. Nous étions assis côte à côte en rond tout le tour de la cuisine.  On se tenait le grain fin.  Grand-père Elphège, de petite grandeur et trapue n’était pas un homme de beaucoup de mots. Tout à l’opposé, grand-mère Yvonne, était une femme assez grande qui avait beaucoup de jarnigoine (vive d’esprit) et qui avait le chignon raide.  C’est elle qui tenait les guides. En fait c’était le pilier de la famille avec plus de 60 personnes, adultes et enfants.

LES APRÈS-MIDI DE DANSES FOLKLORIQUES

À l’occasion, c’était chez mes parents que les familles se rassemblaient en après-midi. Alors là, quelques-uns chantaient ou bien dansaient ou jouaient aux cartes. Certains arrivaient de villages éloignés. À chaque fois qu’une famille arrivait, nous sentions le froid entré dans la maison vu que les familles étaient nombreuses.

  • Entrez !entrez ! disait mon père et ma mère de faire de la place pour les bottes
  • Bien voyons donc, vl’a tu pas d’la visite rare pas rien qu’un peu
  • Allez mettre vos manteaux pis vos chapeaux dans la chambre, disait ma mère

Sans perdre un moment, a peine terminée de se « décapauter », alignés en rang d’oignons, les vœux de «Bonne Année» se transmettaient.  On se souhaitait la bonne année avec le classique « Le paradis à la fin de nos jours » ou « Succès dans tes études » suivi de « un p’tit chum pour l’an prochain » hum ! Je détestais ce dernier souhait qui me mettait mal à l’aise. Nous chantions, nous dansions et nous mangions. Nous pouvions être une quarantaine dans la maison! Bref, plus qu’une cérémonie en temps de Covid!

Dans la soirée, la veillée du jour de l’An se passait avec la famille Tessier dans une salle louée, car la famille Tessier, quoique de taille équivalente aux Courchesne, participait quasiment tous donc beaucoup trop nombreux pour recevoir dans une maison. (60) Ma grand-mère Fernande, également le pilier de la famille, nous recevait tout sourire. Mon grand-père Antonio étant décédé jeune, (j’avais 8 ans) je n’ai pas de souvenir de lui lors des grands rassemblements de la famille.

La famille Tessier était une famille de musicien sauf mon père qui lui chantait.  Il n’y avait pas de gigueux.  Non.  Tous des chanteurs de chanson à répondre, des organisateurs de veillée, de jeux d’équipe, de câlleux de set carré, etc. Souvenir en vrac :  jeu du balai, lymbo, chaise musicale, nos petites chansons préparées pour la famille, la guitare hawaiienne de mon oncle Claude, mes tantes au piano, etc

TRADITIONS CLASSIQUES ET D’AUJOURD’HUI

Les traditions et réjouissances de mon enfance et celles d’aujourd’hui sont bien différentes. La traditionnelle Messe de minuit ainsi que la bénédiction de la nouvelle année par le père, par exemple, ne sont plus aussi présentes dans nos coutumes, ni le rituel religieux d’ailleurs, surtout cette année!

Aujourd’hui, j’ai toujours le sens de la fête. Cette période du temps des fêtes donne naissance à une foule de beaux moments. Certes, ce ne sont plus les rigodons, les chansons à répondre, les « sets carrés » et la gigue qui se retrouvent dans mes soirées du temps des Fêtes quoique… j’aime bien écouter des chansons traditionnelles. Nous avons créé nos propres traditions!

Malgré ces différences, il n’en demeure pas moins que les traditions, peu importe lesquelles que nous perpétuons ou que l’on recrées, continuent d’exister afin de garder nos liens familiaux et nos valeurs humaines.

RÉJOUISSANCES

Finalement, une chose est sûre nous aimons fêter, se retrouver et avoir du plaisir ensemble. Une chose n’a pas changé, ça jase fort! Qui aura la meilleure anecdote?

Désolant que pour 2020, qui fut une fichue de mauvaise année.  Nous avons été confinés, nous n’avons pas célébré, nous n’avons pas eu de rassemblements quelconques, nous avons été privés de nombreux câlins, de nos enfants et petits-enfants, de nos amis et de notre famille, de becs dans le cou et de bouffe gargantuesque.  Nous n’avons eu aucun plaisir de pouvoir nous retrouver.

Pour 2021, je nous souhaite une magnifique année de retrouvailles, de jeter nos masques, de se câliner en masse, de se rencontrer de nouveau et de nouveaux départs ayant été sur pause trop longtemps. Je vous en souhaite tout autant.

Et comme veut la tradition n’oubliez pas vos résolutions.

À l’an prochain,

Arriverdici

Ayant été opérée à mon genou, je n’ai pas pu faire de séances photos.  Je vous repartage mes coups coeur de cette saison.

 

Église de Saint-Constant

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