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Chroniques

L’ensemble de son oeuvre

L’impatiente attente du printemps….. Vous avez dû être comme moi. Une attente interminable. La météo est tellement un sujet important dans notre vie. Remplacez le mot « bonheur » par « printemps » dans ce court extrait de la chanson de Michel Rivard « Maudit bonheur » et ça dit tout.

Tiens, v’là l’bonheur
Où c’est qu’t’étais?
Maudit sans-coeur
Où tu t’cachais?
J’ai manqué d’veine
Tu t’es poussé
Là tu t’ramènes
Le bout du nez

Depuis fin mars que je l’attendais. Le froid, le temps gris, la pluie ce ne fut que ça. Il a tardé sans bon sens. Tellement, que mes bas de laine ne sont pas encore remisés. Faut dire qu’à ce moment-ci il n’y en aura pas de printemps. Nous passons tout droit à « GO » ce, sans réclamer le 200$. Et même si ça été moche dehors, j’ai quand même osé ouvrir mes fenêtres et ma porte-patio afin d’entendre le chant des oiseaux. J’aime sentir le printemps et siroter mon café le soir à l’extérieur. Hélas! On en a été privé un peu beaucoup même. Que voulez-vous que je vous dise ça m’a manquée ce printemps!

Depuis quelques semaines, j’ai constaté que les travaux aux champs ont débutés. Machinerie, odeur, poussière, etc. Ça y est ; alors là c’est vrai, la saison est commencée pour de bon amenant le temps des semences aussi. V’là l’été bientôt.

C’était tatoué sur son cœur

A la résidence où mon père vivait, un atelier d’écriture avait été formé par la personne responsable des activités de la résidence. Mon père faisait partie de ces ateliers les 4 dernières années de sa vie. Son goût d’écrire ne lui venait pas de ses années à l’école du rang car il en garde un très mauvais souvenir. C’était plutôt la vie, combinée avec l’âge, qui le motivait dans l’écriture.

En 2009, il écrivait dans son petit livre ceci : “Moi qui a vécu de l’agriculture une bonne partie de ma vie, je me trouve chanceux aujourd’hui d’avoir cultivé la terre. Je suis la 3e génération de Tessier sur cette ferme.” Faut mentionner que vers 1860 la famille Tessier a fait partie des pionniers de la municipalité de Saint-Majorique

Il a vécu sur la ferme le 3/4 de sa vie. Et le restant, il y pensait toujours. Cette vie d’agriculteur était tatouée sur son cœur.

INTERVIEW:  AVEC MON PÈRE AGRICULTEUR & PRODUCTEUR DE PATATES (réalisé en 2011) à 81 ans

Il était assis dans sa chaise berçante de tous les jours. Je lui dit : « papa je voudrais te filmer, te faire parler de toi afin d’en garder des souvenirs »

Il me dit : «T’as combien de pied de film, tu veux que je parles combien de temps?»

Je souris et lui répond :

  • T’inquiète pas, c’est pas un film c’est le cellulaire qui me permet de filmer assez longtemps.
  • Ah bon….

Suis pas certaine qu’il comprenait et saisissait complètement. Je regarde mon amoureux, lui qui manipule son cellulaire ; j’attends un ok de sa part. Il me fait signe, alors je dis :

  • Ok, p’a c’est prêt , parle …
  • Hein parler, il se tourne la tête, ah ben la tu me pognes
  • Raconte-nous ton histoire

Voyant qu’il cherchait un sujet et était embêté, je lui pose une question toute simple.

  • Comment tu files aujourd’hui ?
  • Aujourd’hui ça file très bien. Cette semaine c’a très bien marché.
  • Tiens, tiens eh ben, alors t’es bon jusqu’à ou comme ça?
  • 85 ans, dit-il haut et fort sans hésiter ; là il n’a pas vu juste, 83 exactement, il y a 6 ans de cela
  • T’as 81, donc il te reste 4 ans.
  • Ouaip, après on m ‘enterre, on m’enveloppe de cette terre bien-aimé, c’est ça qu’é çà.

Ah, cette terre là ! Avec son parlé coloré, il nous partage, une fois de plus, cette passion qui l’anime toujours à 81 ans. Il dira : “ma terre a fait vivre ma famille, mes 4 enfants et mes parents. On n’était pas riche, on a eu bien de la misère dans le sens d’en arracher, mais au moins on avait un toit et de quoi manger».

Il raconte : « je n’avais pas d’instruction que voulais-tu que je fasse, pas d’argent, pas de métier, j’étais bon à rien à l’école”.

Parlant d’un épisode de son enfance il dit :

(…) J’avais 12 ans, on était assez pauvre; mon père avait 3 poulaillers. Ma mère était enceinte et fallait soigner les poules le midi. C’était l’hiver. Il faisait frette. Fallait préparer un mix , un pâté chaud avec de la moulée. Je donnais ça aux poules. Ça les réchauffait, elles mangeaient chaud. Après, je levais les oeufs, donnait du foin aux vaches. C’était pas une punition pour moi ; j’aimais ça faire ça.

Et l’école dans tout ça?

(…) J’aimais pas l’école. J’ai jamais aimé l’école. Je ne pouvais pas aimer l’école j’en faisais trop à la ferme. En fait, jusqu’à la 4e année j’ai eu du bon temps. Mais j’ai terminé avec un professeur qui m’en a faite arraché. Ce fut l’enfer avec elle.

A propos de ce professeur il dit ceci :

(…) J’avais une dent contre elle pis elle; elle en avait deux contre moi. Des coups de règle, j’en ai eu. À me tenait toujours dans le passage en arrière de la classe. J’étais malcomode c’est sûr. Quand t’é pas bon tu fais quoi? Et elle, bien elle se re-vangeait. Après les travaux du midi à la ferme, je partais pour la p’tite école du rang. J’arrivais plus tard. Je marchais un bon mile pour me rendre. C’était en début des années 40.

(…) J’arrivais souvent vers la fin de la dictée alors j’en manquais des bouts. Quand elle remettait les copies corrigées devant toute la classe, ben là elle arrivait à Léon Granger c’était 10; un beau gros 10 criait-elle haut et fort; disant cela en serrant les dents.

J’avais l’impression qu’il revivait cette scène encore intense et blessante pour lui. Je me sentais mal pour lui et peinée en même temps.

(…) Et quand elle arrivait à Gilles Tessier un gros zéro sur ma feuille et m’humiliait devant tout le monde. Je la haïssais assez. J’étais ben content quand mon père décida que c’était fini pour moi l’école. J’avais 12 ans à ce moment-là. Il avait besoin de bras sur la ferme.

Arrivé à l’école de l’agriculture, (+/17 ans) il s’est mis à copier des livres pour améliorer son écriture.

(…) C’était pour étudier sur les semences et les fourrages. J’ai plus appris quand je suis arrivé à l’école agriculture de Nicolet. J’avais acheté un grand livre sur la ferme et me suis dit: « quéssé que je ferais ben pour apprendre à écrire? Tiens, m’a copié le livre. J’ai tout recopier le livre que j’avais acheté. Au complet en plus! J’écrivais mal et tout croche, mais c’est ça qui m’a sauvé. De par moi-même. Aussi, j’ai été chanceux j’ai marié une “maîtresse” d’école ; encore les yeux pétillants lorsqu’il parle de ma mère.

(…) Elle avait de l’instruction, elle ! Elle m’a aidé beaucoup. J’ai réchappé pas mal ma vie grâce à elle. J’ai appris à mieux écrire et surtout comprendre.

Mais souvent dans la vie, on se questionne et on se demande si vraiment on a fait de son mieux. Les bons coups, les moins bons. Tu te souviens, papa, tu nous disais toujours qu’il faut tasser les branches devant les embûches. On en a parlé tellement souvent de cette expression-là ; Il se passe la main au visage comme pour accentuer sa réflexion.

(…) Ouaip ça vient de ma vie cette expression-là ; plutôt de mon grand-père Herman.. Ma vie je la repasse dans le temps de dire. Ça prend à peu près 1 heure.

  • Tu fais ça à tous les jours ?
  • Quasiment. Oui, aujourd’hui en me levant, j’ai regardé dehors, la, il faut beau, c’est le printemps ; alors je pense aux semences, aux champs, à l’odeur etc
  • Mais tu le fais au complet ou par épisode ?
  • J’te dirais par moment , ça se suit tout d’un bout à l’autre. Y’a pas rien que je ferais mieux de ce que j’ai faite ! Tout ce que j’ai faite c’est correct. Tout est correct. J’ai faite de mon mieux. En tout cas! Avec un p’tit air coquin, et son rire qui porte.

Tu dis souvent que tu n’avais pas d’argent, c’était quoi pas avoir d’argent ? Encore là même mimique de réflexion. Il se frotte le menton. Il réfléchit et il revient à un texte qu’il a écrit et en lit un p’tit bout. 

(…) J’ai 17 ans, l’hiver arrive avec un gros froid. J’ai pas de métier, pas de travail. Soudain un projet s’annonce pour couper du bois sur l’Ile Jersey entre Saint-Majorique-de-Grantham et Saint-Joachim. Quelle misère ! Il fait un gros froid. On doit marcher 8 miles (12 km env.) matin et soir. Parfois la neige est jusqu’au genou.  Nous avons eu ce travail,  mon frère Claude et moi,  pour gagner quelques sous mais nous avons compris beaucoup choses en faisant ce travail. Quand j’ai vu mes parents un soir tous les deux faire des projets pour être capable de faire manger leurs 9 enfants c’est quelque chose. Ça te marque une vie. J’ai eu une belle jeunesse c’est sûr. La vie d’adulte est arrivée assez vite m’a t’dire.

Et puis, par la suite suivent plein d’anecdotes de sa vie, des faits cocasses, d’au moins 40 ans d’histoires de famille quoi ! Quel beau partage se fut !

L’écriture de mon père

Au début il avait refusé de faire partie d’un groupe d’écriture. Sa défaite : « je ne suis pas scolarisé, je n’ai pas terminé ma 6ième année, je fais des fautes etc. » Il avait peur du jugement des autres. Plus tard il écrira : » quel plaisir nous avons après le cours d’échanger notre façon de voir les choses de la vie sur toutes ses formes. Nous avons toujours hâte au mois suivant ».

Il avait un mois pour produire un texte et il devait le lire devant tout le groupe le mois suivant. Pendant son mois de composition, papa faisait beaucoup de recherche de mots à l’aide de dictionnaires pour embellir son texte, disait-il. Il y avait même des mots qu’il trouvait beau lors de sa recherche mais qu’il ne savait pas comment les insérer dans sa composition. Alors ils les mettaient tout simplement sur une feuille à part, afin de pouvoir les utiliser plus tard. Pour que ça fasse plus beau qu’il disait. Il ramenait toujours « La terre » au cœur de ses textes.

Je lui ai demandé : Quel sujet as-tu as écrit et qui t’a fait le plus plaisir ?

  • Oh mon Dieu!
  • Faudrait que je regarde. Ouin celui qui m’a passionné le plus répète-il… cherchant lequel

Et là, il prend son petit cahier, tourne les pages en lisant les titres. Il cherche un texte. En fin de compte il me les a tous lu en racontant des anecdotes à chacun.

Il s’arrête sur un texte « partie de pêche » ça me ramène aussi dans mes souvenirs. Il parle d’un dimanche après-midi pour aller à la pêche avec les enfants la rivière aux Vaches. Cette rivière est située à environ 10 minutes de la résidence. Y parle aussi d’un pique-nique en famille. Il s’arrête tout sec, met son p’tit cahier sur ses genoux et rit un bon coup. Il me regarde :

(…) tu souviens-tu que t’as pris l’épouvante lorsque ton frère a lancé sa ligne et que l’hameçon s’est accroché à ton chandail avec le vers. T’avais peut-être 4-5 ans.

(…) mets-en que je m’en souviens, c’était l’horreur. J’en ai crié un coup.

(…) assez, qu’on a dû revenir à la maison, tu voulais pu rien savoir

Aujourd’hui cette rivière est tellement anodine, ayant peu d’intérêt. C’est fou comment on voit les choses différemment quand on est petit. Enfant vous le savez bien, les objets, les endroits, les personnes, rappelez-vous et du coup on réalise, étant adulte, que ces objets , ces endroits sont tellement démesurés et différents de notre souvenir. À chaque fois que je passe devant cette rivière, je me souviens que je la voyais tellement grosse et dangereuse. Même le vers que j’avais dans le dos, je vous le jure, c’était un méchant serpent…

L’ensemble de son œuvre

Le printemps s’installe un peu. J’ai le plaisir de regarder la nature.  Elle ramène les souvenirs d’odeur.  À l’approche de la Fête des pères je ne me peux m’empêcher de penser à lui et JE ME SOUVIENS; surtout de sa passion pour la nature, de ses multiples talents, de son métier d’agriculteur, de sa persévérance, sa ténacité, sa volonté, sa réussite. Je le remercie de ce que j’ai hérité de lui.

Voilà.

Scènes de printemps

 

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