Chroniques

« Tu ne parais pas ton âge ! »

Il y a de ces rencontres anodines sur notre chemin qui ont un effet bœuf! Laissez-moi vous raconter celle avec une ancienne collègue de travail.  Je l’appellerai Mathilde afin de préserver son identité. Dans le tourbillon de la vie, on s’est perdue de vue de par notre travail.  Je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis si longtemps.  En sirotant un café dans un p’tit bistro bien tranquille, décor rétro et soigné, peu de monde autour de moi, je croise son regard.   Je suis étonnée de la voir. On dit qu’une rencontre n’est jamais le fruit du hasard. Celle-ci m’a apportée un bien beau moment de plaisir, de bonheur.  On a toujours eu cette belle relation d’amitié Mathilde et moi.

On a travaillé ensemble il y a de ça plusieurs années.

Elle vient s’asseoir devant moi, échangeons les bises et les politesses d’introduction. Mathilde est toujours aussi dynamique, enjouée et ricaneuse. Elle est comme un coup de vent, énergique comme rarement on rencontre ça dans une vie.

Notre conversation s’anime en moins de deux vu que ça faisait un bout que je ne l’avais vue. On jase là ; de tout et de rien.  On laisse rapidement “le rien” de côté   pour entamer  “le tout” rapidement.  Au fil de nos échanges, nos bavardages portent notamment sur le boulot, mais aussi sur le qu’est-ce tu deviens, la famille qui grandit avec les ajouts et retraits, la santé, nos passions, nos amours, nos chéris…et aussi des « te souviens-tu de la fois où ! »   On se remémore des détails, on éclate de rire. Que c’est donc plaisant de se souvenir ; un sentiment tellement agréable.

Elle me dit tout de go :

  • coudonc t’as quel âge!

Euh! Bouche bée, je sourcille. Je ne m’y attendais pas. Je réfléchis. J’ai tiqué un brin. Pourquoi elle me demande ça ? Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’on me la pose cette question et à tout coup je suis étonnée. Ça dépend toujours du contexte. Par contre cette fois-ci, je ne sais pas trop ou Mathilde veut aller.

Là mon hamster va super vite. Voyons donc !  J’ai tu changé tant que ça ? mes cheveux sont-tu corrects ? suis-je assez maquillée ou pas ? Je me dis que peut-être que… ai-je pris un coup de vielle pis je ne m’en suis pas rendue compte ! Ché pas trop, je suis embêtée. Je sens qu’elle m’observe. Calmement, je lui réponds.

  • Ben, j’ai …….

Les yeux écarquillés elle me dit :

  • Sérieuse la, tu me niaises !
  • Non pas pantoute, j’ai bien…      (non, non, je ne vous le dirai pas, pas question)
  • Oh mais tu ne vieillis pas ; « Tu ne fais pas ton âge »
  • Misère pensais-je ; Ah ?  Pourquoi ? mine de rien
  • Tu es tellement vive…
  • Euh…vraiment

Alors là je suis réellement embêtée. J’ai ri nerveusement.  Fiou!  Mais dois-je me réjouir ? Je ne sais trop. Nous continuons notre blabla. On se dit à une prochaine, on se promet de se revoir plus souvent et on se refait la bise.

Bon là, je dois vous dire que je suis restée “stickée” sur : Eh que tu ne fais pas ton âge ! Ça veut dire quoi au juste ? Faut s’attendre à quoi?Que j’haïs donc cette phrase-là. Je l’haï tellement pour m’en confesser. Je ne sais jamais si je dois être enchantée ou vexée. Faire plus jeune ou faire plus vieille ? C’est un faux compliment qui nous amène à la suspicion;  la bonne intention est là mais… c’est quand même maladroit.

Et il y a aussi l’autre jour chez l’ophtalmologiste (homme plus précisément). J’ai une infection de la cornée.

  • Accepteriez-vous de passer le test de tomographie par cohérence optique. Des frais de 50$ s’appliquent pour chaque oeil.
  • C’est quoi au juste?
  • Une analyse en profondeur de la santé de l’œil qui permet,  entre autre,  de détecter la dégénérescence maculaire
  • Euh, oui ! je préfère le savoir

Après l’examen :

  • Bonne nouvelle madame Tessier, aucun problème, par contre j’ai découvert une déficience au niveau du cristallin. Il faudra le remplacer par une opération mineure.

Il regarde à nouveau mon dossier, me regarde, regarde le dossier, me regarde et v’lan:

  • D’habitude les personnes avec ce problème chez vous sont plus âgées que vous
  • Quoi !? ah bon
  • Je suis surpris, dit-il, vous ne faites pas votre âge…

Non, non je vous rassure il ne me cruisait pas pantoute. Le plus curieux dans tout ça c’est que je me suis sentie flattée. Mais toujours cette mosus de phrase “tu parais pas ton âge” qui me dérange. Je suis encore agacée, peu importe la personne qui me le dit.

Bon là je vais vous faire une petite montée de lait. Je vous rassure ce n’est rien de grave.

Enfin.

Bref !

Je suis agacée et je l’exprime à qui veut le lire.  C’est quoi vraiment faire son âge ? C’est quoi en fait avoir l’air de 30, 40, 50, et après. Je trouve ça bizarre comme expression. Un conseil: faudrait mieux choisir ses mots pour complimenter. On a souvent tendance à le faire avec un défaut déguisé. Ex:  C’est beau ce que tu porte aujourd’hui. Ah oui ! et les autres jours???  ou bien  “Tes belle…aujourd’hui”  Traduction:  donc les autres journées t’étais moche……Solution simple: innovons nos compliments.

On jase là. À chaque changement de dizaine, on a un p’tit agacement. Un cinquante ans d’aujourd’hui est bien différent du 50 an de mes parents de par le style d’habillement, la façon dont les vêtements sont portés, la gamme de produits disons de beauté, les nombreuses vitamines et suppléments alimentaires, les activités sportives, les avancées technos etc. Selon Statistique Canada, il y a augmentation de l’espérance de vie.  Certes si l’on se compare à l’image de nos aînés au même âge que nous actuellement, du coup, c’est sûr que l’on parait plus jeune qu’eux !

De toute façon, qu’on « fasse » ou pas son âge, les années sont bien là! Selon l’espérance de vie, j’en ai déjà la moitié de faite. C’est vrai que ma vie est bien différente d’il y a 10 ans.  Incroyable de réaliser qu’étant adolescente, je trouvais donc que le temps ne passait pas assez vite à mon goût.  J’enviais les adultes de leur liberté, de leur autonomie, de ne pas avoir de compte à rendre aux parents. Aucune permission à demander.

Aujourd’hui je suis au mieux de mon moi-même. Je suis rendue-là, le bien-être est important. Et surtout, je suis heureuse.  Je suis plus consciente des choses qui se pointent dans ma vie.  Finalement, je me suis choisie et j’ai principalement choisi de bien vivre mes passions. Pour être honnête, je vieillis c’est sûr. Mais tout doucement. Je pense qu’avoir un conjoint bien plus jeune, c’est le meilleur antirides à vie. Haha!

Pourtant ma mère me l’avait bien dit, et ce plusieurs fois qu’à 18 ans, il fallait que je commence à appliquer de la crème antirides. Je lui répondais : Bin voyons donc M’man. Surtout que ça coûte cher ces fameuses crèmes et qu’a 18 ans, tu ne focusse surtout pas sur les crèmes antirides.  Mets de la crème…Foutaise ce truc, ça ne marche pas. On vieillit, et on plisse pareil. Pis les taches brunes de vieillesse apparaissent sur mes mains, dans le décolleté, etc. Gosh !  Suis en train de me transformer en Michelle Richard avec ses «freckles» , NON!!!! NON !!! Surtout pas…et je hurle dans ma tête «  I will survive – de Gloria Gaynor. »

At first I was afraid, I was petrified (Au début j’avais peur, j’étais pétrifié)

Did you think I’d lay down and die? (Avez-vous pensé que je me coucherais et mourrais?)

Oh no, not I, I will survive  (Oh non, pas moi, je vais survivre)

Oh, as long as I know how to love, I know I’ll stay alive (Oh, tant que je sais aimer, je sais que je vais rester en vie)

I’ve got all my life to live (J’ai toute ma vie à vivre)

And I’ve got all my love to give and I’ll survive (Et j’ai tout mon amour à donner et je survivrai)

I will survive (Je survivrai)

Oh
Oh

Fiou ! que ça fait du bien 😜 et je vous parierais bien un p’tit 10$ que vous l’avez fredonné vous aussi en lisant les paroles de « I will survive ». Désolée si je vous ai mis cet air dans votre tête pour la journée.

Finalement et ce qu’est encore plus wierd c’est que moi aussi je sers la même sauce a d’autres gens que je rencontre et trouve qu’ils ne font pas leur âge.  Je me surprends à leur dire « tu ne fais pas ton âge ».  Je regrette c’est sur. Sauf que c’est dit. Un automatisme, maudite redondance que ces phrases toutes faites d’avance et qui m’exaspère en fin de compte. On ne se rend même pas compte. Ça fait tellement impersonnel et cliché.

Dans le genre, il y a aussi : « Quand on veut on peut » ou bien « un de perdu, 10 de retrouvés » ou « dans les petits pots les meilleurs onguents »

Vieille âme

Ah ça ! c’est toute une autre histoire. Je me suis déjà fait dire que j’étais une vieille âme. Alors là c’est le summum. Ça n’a rien à voir avec le « tu ne parais pas ton âge ».  En fait, c’est, pour ceux qui croient au côté spirituel, avoir un regard bien différent et une sagesse exceptionnelle, peu importe l’âge dépendamment de l’influence des vies passées.  CA! alors CA! C’est un plaisir à se faire dire et entendre.

Bon, vous me direz houlala tu vas chercher ça loin. (réincarnation) Non, non, je ne veux pas commencer un débat sur la spiritualité ni sur les esprits et tout le reste.  Non non n’ayez crainte. Sauf que dans les deux cas se faire dire « vielle âme » et « tu ne fais pas ton âge » ne touche pas les mêmes cordes sensibles. La première touche l’orgueil et la deuxième je vous laisse deviner….

Vieillir comme…

Marie et Thérèse.  Ces femmes qui ont inspirée ma vie. De près et de loin.  Je vous explique. Voici :

De près :  Marie fut dans la vie de mon père pendant plus de 20 ans, ma deuxième maman quoi ! après le décès de la mienne.

De loin :  Quant à Thérèse elle a été la deuxième maman de mon beau-frère, et ce depuis sa jeune enfance.  L’ayant beaucoup moins connue que Marie, par contre j’ai entendu parler d’elle à maintes occasions.

Toutes les deux nous ont quittés récemment.  Marie – 91 ans et Thérèse – 92 ans à peine quelques semaines d’intervalle. Par contre ce qui est identique chez ces deux femmes elles ont vieilli avec leur cœur. Du temps elles en ont donné aux autres.   À leur manière ce sont des femmes d’exception. Inspirantes, elles se sont démarquées de par leur générosité et leur bienveillance. Toutes les deux elles étaient généreuses et souhaitaient que du bien.  Autonomes jusqu’au bout du chemin de la vie. Jusqu’à tout récemment Marie confectionnait des draps et Thérèse des tourtières.   Pas de maison de repos pour elles. Elles étaient des aînées à domicile.   Des femmes ayant une grande vivacité, énergique.

Est-ce qu’elles faisaient leur âge ?  Peut-être que oui sauf je ne le voyais pas. Elles n’étaient pas vieilles dans leurs têtes.  Certes, elles vieillissaient, mais je le les ai jamais trouvés vieille.  Charles Aznavour disait : “On ne peut rien contre l’âge qui avance, on ne peut rien contre la marche du temps. Vieillir est une réalité, mais ça ne veut pas dire pour autant devenir vieux.”

Est-ce qu’à cet âge-là je serai comme elles ? Est-ce que je le pourrai ? Je l’espère.  Cependant, une chose une certaine dans mon esprit. Michel Drucker a dit que vieillir et être vieux, ce n’est pas du tout pareil.

En fait, je veux vieillir comme elles. Comme Marie et Thérèse. Elles étaient loin d’être vieilles.

Minuit Chrétien

C’est vrai que ça s’en vient et assez vite en plus.  L’esprit des fêtes a débuté tôt avec l’arrivée de la première bordée de neige.  Récemment, chéri et moi avons eu bien du plaisir à assister à un spectacle du ténor Marc Hervieux dans une petite église à Saint-Mathieu de La Prairie. L’église paroissiale est modeste et fut construite en 1921-1922.  Ses vitraux ont été classés par le Ministère de la Culture et des Communications du Québec et représente un éventail très diversifié, tant par la qualité technique que picturale.

Qui dit spectacle dit inévitablement un rappel. Après de généreux applaudissements, le beau et charmeur ténor entama le “Minuit Chrétien”.  Un incontournable il va de soi. Dans une église de surcroît.   Oh my god! Cette chanson a le don de toucher cette corde sensible en moi, en tout cas. Je crois que c’est le chant de Noël le plus ancré dans nos coutumes.

Tout était présent pour me transporter comme à la messe de minuit d’autrefois, celle de ma jeunesse.  Je n’avais qu’à fermer les yeux et me laisser emporter.  Je me revoyais petite fille, debout à côté de mon papa, pas très grande, à moitié endormie et frissonné à entendre la voix grave du maître-chantre (celui qui donne le ton) qui entamait : “Peuple, debout ! chante ta délivrance “

À chaque cérémonie de Noël, ce quantique était de loin celui que nous attendions tous fébrilement.  Qui va le chanter cette année ?  Ça faisait partie des dialogues à mots couverts de mes parents, en se rendant à la messe. Je le savais parce que j’écoutais « au porte » la conversation de mes parents. Vous ai-je mentionné ma curiosité ?  Haha ! je crois bien que oui.  J’imagine que ça devait être une fierté et tout un honneur pour celui qui l’interprétait et bien du placotage pour les autres jaloux de ne pas le chanter.  C’était soit monsieur Desrosiers ou monsieur Granger. Ils avaient de bonnes voix et particulièrement pour la fin de cette chanson à cause des notes hautes.

Je ne pouvais pas reconnaître la voix du chanteur à tout coup. Et voulant savoir à tout prix QUI chante, difficile de m’empêcher de me retourner le corps et la tête malgré le fait que c’était impoli et interdit de le faire. À l’église c’était sacré, nous savions rapidement qu’il fallait se tenir le corps raide.  Consignes et ordre de nos parents.  À tout coup mon père me prenait le cou pour me ramener la tête en avant, en serrant un p’tit brin ; juste assez pour me faire comprendre….grrr au moins je savais qui chantait.

«Minuit, Chrétiens, c’est l’heure solennelle où l’ Homme-Dieu descendit jusqu’à nous »  

Noël ! Noël ! chantons le Rédempteur

Ah ! les notes graves de Marc Hervieux. Ça me fait vibrer jusqu’à l’âme.

Elle ne vieillit pas cette chanson-là. Pourtant elle date de 1814 selon mes recherches. Ça fait belle lurette qu’elle fait partie de nos traditions. Elle n’a pas d’âge cette chanson.

Toujours l’âge …

Le mot « vieillir » détient la signification que l’on veut bien lui donner. Ça fait beau ou ça fait laid, c’est selon. L’âge, entre celui qu’on a et celui qu’on « fait » ne coïncide pas toujours ! Se faire dire une vieille âme est totalement différent de « tu ne parais pas ton âge ».  Malgré son âge, le Minuit Chrétien, se renouvelle d’année en année selon les interprètes et il est toujours actuel. Il ne se démode pas. En fait j’ai lu quelque part que vieillir, c’est devenir une meilleure version de soi-même.

Alors

  • Je salue Marie et Thérèse qui ont vieilli de belle façon et nous ont partagé leur amour et nous ont donné la meilleure version d’elles-mêmes ;
  • Salut à ma vieille âme qui j’espère me permettra de connaître une meilleure version de moi-même ;
  • Salut au Minuit Chrétien qui me fait encore vibrer malgré son âge avancé  et d’année en année, c’est toujours la meilleure version que j’entends.

Sur ce, préparez bien votre Avent. Ça aussi c’est une tradition qui date et qui ne vieillit pas.

À la revoyure,

Arrividerci

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