Chroniques

La bénédiction du jour de l’AN

« Un petit clin d’œil d’une époque pas si lointaine»

Pour débuter l’année, je vous fais un beau clin d’œil de notre tradition annuelle familiale. Aussi loin que je me rappelle, papa procédait à la bénédiction du jour de l’An, lors du premier diner en famille. Bien sûr qu’avant le diner, la messe de 10 h s’imposait. À la sortie de l’église, on transmettait nos vœux aux voisins du 4e rang, du 5e rang et du village.  Il fallait être « chic and swell » pour ce premier jour de l’AN.

La veille de cette première journée de l’année, nous nous préparions, frères et sœurs, un petit scénario pour demander au paternel la bénédiction annuelle. On voulait être original d’année en année. Imaginatifs que nous étions, ce fut soit des comptines, des charades, soit des chansons afin de demander à papa de nous bénir. Y compris maman aussi 😃

Dans la pure tradition qui nous avait été enseignée, c’était au plus vieux de faire cette demande.    Chez-nous, c’était les 4 enfants qui, se tenant par la main ou côte à côte, adressaient à papa la demande solennelle.   Nous étions installés la plupart du temps dans la cuisine. Faut dire qu’elle était très grande et vaste cette pièce.  Notre maison de campagne était celle de mes ancêtres Tessier (grands-parents et arrière grands-parents). Elle avait beaucoup d’histoires et de valeur humaine en ses murs.  Une maison sans flafla mais toutefois confortable, paisible et sécurisante.

Pendant de nombreuses années, agenouillés, les uns à côté des autres, nous adressions notre demande. Notre père, se tenait debout, droit et fier. De par sa prestance mon père imposait le respect. Il récitait une courte prière, demandant à Dieu de nous bénir et il terminait par un signe de croix. On répondait Amen et après on se levait et on se souhaitait tous une bonne année.  La bénédiction du jour de l’AN était un rituel annuel chez-nous.

La bénédiction de 1983; mon père, ma soeur Louise en rouge.  Je suis au bout de  la rangée avec mon frère Pierre. J’étais enceinte de mon premier enfant ; Philippe

Seul le paternel avait le privilège de la bénédiction. Pas maman, étrange cette tradition. Car en fin de compte, bénir c’est souhaiter du bien à quelqu’un. Alors tout le monde peut bénir (selon Colette 101)! Mais que voulez-vous, c’était comme ça.  Je me souviens encore de ma mère qui se rendait en début d’année voir son père pour lui demander la bénédiction paternelle. L’ancrage de cette tradition était des plus forte.

Adolescents, le même rituel; toutefois nous restions debout pour la bénédiction. Adultes, nous avons poursuivi cette tradition de bénédiction, toutefois sans les comptines et chansons.

Après nous passions à la table qui était toujours bien garnie. Notre mère avait beaucoup cuisiné, c’était une excellente cuisinière. Faute de place dans le réfrigérateur, le solarium d’été, qui était à température hivernale, servait d’endroit pour mettre les plats préparés, les tourtières et les tartes .Eh que ça sentait bon dans la maison.

Après le repas du midi, le mobilier de cuisine était entassé dans un coin pour faire de la place à la visite de la parenté jusqu’au souper en se poursuivant jusque dans la soirée par de la danse de sets carrés, les chansons à répondre du jour de l’AN ou des parties de cartes.

 

C’est dans l’temps du jour de l’An

On s’donne la main on s’embrasse

C’est l’bon temps d’en profiter

Ç’arrive rien qu’une fois par année 

Ou

C’est comme ça que ça se passe dans le temps des fêtes

Tape la galette, les garçons, les filles avec

C’est comme ça que ça se passe dans le temps des fêtes

C’est comme ça que ça se passe dans le temps du jour de l’AN

Les bons voeux

Les souhaits d’usage de bonne année était du genre : « Succès dans tes études, un p’tit chum l’an prochain? le paradis à la fin de vos jours ! »  Celui-là me fait sourire juste à remémorer ce temps. Et on répondait : À vous pareillement. (on vouvoyait encore à cette époque pas si lointaine!) C’était quand même un moment privilégié en famille ou l’on souhaitait le meilleur pour nos tous.

Ça m’a toujours fait sourciller ce curieux souhait « le paradis à la fin de vos jours ».  On ne comprenait pas trop pourquoi ce voeux! De quessé! souhaiter le paradis « Seulement » à la fin de nos jours ?? » Ça veut-tu dire qu’il faut prendre son mal en patience et attendre la fin de nos jours pour une promesse de bonheur ??? En tout cas, à force de me le faire souhaiter, je peux vous dire qu’aujourd’hui les souhaits de bonne année, du temps de ma jeunesse, se sont réalisés bien avant ma mort.   Ayant marié un PARADIS en 2010 je ne l’ai pas seulement eu qu’à la fin de mes jours mais je l’ai à tous les jours de ma VIE!

Par la suite, au fil des années, mon père nous a toujours donné sa bénédiction. Certes, les demandes étaient bien différentes de notre jeunesse.  Ayant nos propres familles, nous allions le voir à tour de rôle en début d’année à sa résidence. Il ne se tenait plus debout et n’étions plus à genou. Ça se faisait lors d’un repas partagé et j’ose dire qu’il était un peu inconfortable lorsque je lui demandais la bénédiction. Quand on lui adressait la demande il répondait un peu gêné: bien voyons!

Au fond, en lui demandant on lui disait : « Papa, on ne t’a pas oublié ni les valeurs enseignées dans notre jeunesse »

Le 1er janvier

Aujourd’hui, rare que j’entends parler de la bénédiction paternelle en début d’année.  Les coutumes et traditions se perdent.  Dans le fond, bénir c’est vouloir et souhaiter du bien à quelqu’un. Et ça peut se faire en tout temps. Par contre, en début d’année c’est propice d’offrir ses meilleurs vœux à sa famille et à ses amis pour l’année qui commence.

Donc chers lecteurs, chères lectrices, je souhaite que 2019 vous comble d’amour et oubliez les résolutions.  Profitez des imprévus heureux, des bonheurs petits et grands. C’est ce qui met du pétillant dans une vie.  Soyez en amour avec la vie  et du fond de mon cœur, bonne année 2019.  Ah oui j’oubliais :  Le paradis à la fin de vos jours!

 

*Sur la photo de l’article:  En 1948:  Mon père à l’âge de 18 ans avec son frère Claude devant la maison familiale.

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